• Ludovik Vaculik, Les Cobayes - Attila, 2013

    Ludovik Vaculik, Les Cobayes - Attila, 2013

     

    Ludovik Vaculik, Les Cobayes, Attila, 2013

    traduction Alex Bojar et Pierre Schumann-Aurycourt

    Illustrations de Jérémy Boulard Le Fur

     

     

    Les cobayes ; petits rongeurs à poils doux, plutôt longs, assez fragiles ; drôle d'animal de compagnie qui a tendance à se figer dès qu'une contrariété survient, et qui ne semble pas très aventurier mais plutôt casanier, "il n'y a que dans sa cage, où il est sûr de lui, qu'il agit avec plus de liberté et fait preuve de quelques instincts sociaux". Le cobaye est aussi bien sûr le sujet d'expérimentations, qu'elles soient animales ou humaines. Et là, Ludovik Vaculik nous en offre un beau spécimen, d'humain, en la personne de Vachek. Salarié d'une banque où l'habitude est le vol d'argent et les différentes méthodes pour y parvenir, Vachek, le narrateur, se découvre une passion pour ce rongeur et son mode de vie. Tour à tour cajoleur, voir d'une tendresse étonnante, ou tortionnaire, scientifique ou impulsif, il endosse tous les rôles et prend à témoin ses lecteurs qu'on imagine plutôt jeunes - ses fils ? - quoiqu'il pourrait au final très bien s'adresser à lui-même.

    Le travail éditorial est particulièrement réussi, en accord avec le propos. La couverture en spirale évoque très bien ce récit dans lequel on s'enfonce à mesure que le cerveau du narrateur vrille, et les dessins de Jérémy Boulard Le Fur ajoutent à l'ensemble des notes tout à fait en accord : grisé du monde dans lequel Vachek évolue, douceur de l'animal fragile et menu, et peu à peu le basculement dans le fantastique représenté par les remarquables planches placées à la fin du volume.

    Au final un livre drôle, inventif, surprenant, qui oscille toujours entre réalisme inquiétant et absurde extrême. --Les Cobayes --garde en creux tout son pouvoir de critique sociale issu des années soixante-dix, juste après le Printemps de Prague auquel a participé l'auteur, mais que l'on peut facilement  transposer dans nos mondes contemporains tout aussi vides de sens parfois. Rien de plus innocent que le statut de l'observateur patient qui ne souhaite qu'enregistrer les faits et gestes de ses sujets d'observation ; au final, rien de plus critique dans cette quête du vrai sens des cobayes : "Je veux croire qu'un animal, dont l'intelligence est au-dessous de la moyenne, ne parviendra jamais à obtenir une place de chef dans sa meute. Je ne peux pas croire, hélas, que l'humanité puisse congédier d'un simple coup de pied ses imbéciles haut placés. Je n'en reviens pas : on les élève d'abord dans l'égalité et, dès qu'ils se sentent en force, ils rabaissent tout à leur niveau. Notre impuissance est si monstrueuse qu'elle crie vengeance au ciel ! Et le ciel continue de fonctionner."

    François ANNYCKE pour Libfly >>>>
               

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